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Que se cache-t’il derrière les conflits et les désaccords ? entre affrontement et évitement

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« Que préfères-tu avoir raison ou être heureux », derrière cette pensée se niche une réflexion bien plus profonde qu’il n’y paraît. Les mécanismes inconscients qui se cachent derrière le fait d’avoir raison peuvent être parfois bien complexes. À l’échelle du monde, dans notre vie professionnelle, ou au cœur de nos propres relations privées, les conflits sont liés aux valeurs, principes, croyances, opinions, causes que l’on défend comme vérités rassurantes et absolues. Comme piliers qui maintiennent notre identité (le fameux égo), notre équilibre émotionnel et qui se sont forgés tout au long de notre vie, par transmission familiale, amicale, sociétale, au fil de nos expériences, de nos interprétations…

Alors, pourquoi vouloir toujours avoir raison plus que l’autre ? Quelle est cette dynamique du conflit ? Peut-on pointer une différence entre le conflit et le désaccord ? Que faire quand le conflit est là, comment en sortir, comment même éviter que de simple désaccords se transforment en conflits plus violents ? Le refoulement du conflit ne peut conduire qu’à la violence et l’enjeu auquel nous sommes tous confrontés en tant qu’être, quels que soient notre culture, nos préférences philosophiques ou religieuses, nos contextes, les ressentis que nous éprouvons en résonance avec notre monde intérieur et notre environnement extérieur, est bien celui d’assumer le conflit, “père de toutes choses” selon Héraclite.

Le désaccord bien loin d’être anormal est inévitable et même constructif, car il confronte les différences, les variables de pensées, de cultures, de convictions, de connaissances, de valeurs. Il ne peut être supprimé, il est, et compose l’alchimie de la relation humaine, au cœur de toutes sociétés. Il stimule l’évolution en éclairant de nouveaux prismes de compréhension. La gestion des désaccords, des conflits, comme celle des émotions est l’enjeu central de l’Homme au centre de la sphère sociétale, amicale, familiale et amoureuse. Entre évitements et affrontement, quelle place pour l’équilibre ? 

Coach en conduite du changement à Lyon, je vous invite à explorer ces différents points de vue, pour tenter de mieux comprendre cette dynamique génératrice d’apprentissages ou de souffrances, d’isolement ou de compassion, d’amour ou de peurs.

Confrontation, conflits, désaccord, violence, quel est le sens « des maux » ?

«Dès que quelqu’un est en présence de quelqu’un d’autre, il y a possibilité de conflit », c’est ainsi que Diane Drory psychologue belge réputée et auteure de livres de vulgarisation psychologique, plante le décor sur cet inévitable postulat humain.

Nous vivons en société, partageons, échangeons, écrivons, prenons la parole sur des sujets variés, nous nous exposons et nous nous confrontons dans la relation à l’autre. Il est donc logique que les différences émergent, que les ressentis varient et que les opinions divergent. 

Si le désaccord est l’essence même de la relation humaine et même source d’équilibre et d’évolution, si tant est que la bienveillance, l’écoute, la compréhension, l’acceptation, le respect de l’autre entre dans l’équation, le conflit et la violence qu’il peut parfois engendrer n’a rien de naturel. Et s’il n’est pas uniquement toxique, il se fait le socle de souffrances tant émotionnelles que physiques.

C’est ici qu’il est essentiel de bien faire la différence entre les désaccords et les conflits, entre la confrontation et l’acceptation.

Le conflit, je veux, tu veux, or nous pouvons tous les deux

Le conflit est un affrontement intentionnel entre deux êtres ou deux groupes, chacun animés d’une volonté agressive, posant une intention hostile qui peut, poussée à l’extrême, viser la suppression psychologique et même physique de l’autre. 

Dans sa version moins virulente, le conflit peut être observé différemment, telle une simple situation d’oppositions de sentiments, d’intérêts, ou de convictions récurrentes et donc inévitables. 

Pour Johan Galtung, politologue norvégien fondateur de l’irénologie – science de la paix – il se trouve toujours «une incompatibilité, une contradiction entre des objectifs : “je veux X, tu veux X, or nous ne pouvons l’avoir tous les deux ».

D’ailleurs dans son ouvrage – Repenser le conflit – il souligne que « Le conflit est quelque chose d’aussi naturel que l’air que nous respirons ». Ce qui nous amène à nous interroger sur la non nécessité de s’attacher à « la prévention des conflits », car encore une fois inévitable, mais davantage à la prévention de la violence liée à ces conflits. Ou même de distinguer la situation de conflit, afin de prévenir la violence. 

Et c’est ici que se met plus en clarté la différence entre conflit et désaccord, l’un comme un mode de résolution violent d’un désaccord et l’autre comme une perception différente d’une situation, d’un événement, d’une opinion. La frontière entre les deux est ténue, si elle est exsangue de compréhension, de compromis, de bienveillance et d’ouverture d’esprit. 

Notre monde n’est qu’une succession de conquêtes, de guerres physiques ou psychologiques, les réseaux sociaux sont par ailleurs un nouveau terrain de confrontations voire parfois d’affrontements. L’être humain dans toute sa fragilité, sa vulnérabilité, ou par sa clairvoyance et ses forces fera la différence et s’engagera alors dans un simple désaccord, ou dans une confrontation plus violente, aveugle, obstinée, génératrice immanquablement de conflits et donc de souffrances.

Que faire quand un conflit est là ? Comment sortir d’un conflit ?

Selon Philippe d’Iribarne – économiste et anthropologue français, directeur de recherche au CNRS, « l’expression véhémente des opinions et des critiques fait partie d’une manière normale de manifester les différences de points de vue. Elle relève d’une sorte de rituel d’affrontement destiné à départager ».

Le philosophe Français Paul Ricœur d’affirmer quant à lui « La démocratie est un état qui ne se propose pas d’éliminer les conflits, mais d’inventer les procédures leur permettant de s’exprimer et de rester négociables ». 

Alors la question encore une fois n’est pas d’éviter ce qui invariablement est ou sera, ce qui reviendrait à nier, voire à refouler ses propres convictions et croyances, dans une peur de se confronter ou de perte d’amour – (confère un précédent article sur l’amour inconditionnel). Mais bien davantage de comprendre les mécaniques émotionnelles qui se mettent en mouvement d’une part et de prendre en compte l’autre dans sa complétude et sa différence

Dès lors que l’on se retrouve en conflit avec une personne, l’approche la plus constructive est de poser son attention sur ses valeurs, sur ce qu’elle semble ressentir, éprouver au cœur de la situation. Puis dans une compassion tant pour Soi, que pour l’autre, essayer de regarder la situation sous un nouveau prisme, le sien. 

Cette attention portée vers l’autre et à l’autre est alors une véritable ouverture aux besoins plus profonds et aux croyances qui sont les siennes, permettant par résonance d’observer (tel un observateur bienveillant) ce qui se joue réellement en soi et ce que cela fait émerger comme ressenti. Des ressentis liés bien souvent à des zones non encore réglées et qui nourrissent notre égo davantage que notre clarté. 

On pointe ici ce que bon nombre de psychologues et psychothérapeutes qualifient de communication non violente, élaborée par le psychologue Marshall Rosenberg dans les années 70.

Communication non violente

Concept qui repose sur l’empathie et la compassion. Ce mode d’interaction et d’échange avec l’autre a été hiérarchisé par son fondateur en 4 étapes, qui trouvent leur fondement sur l’écoute et l’expression des besoins

Une approche qui favorise un dialogue ouvert, quel que soit le contexte, professionnel ou personnel.

4 étapes plus connues sous l’acronyme OSBD (observation, sentiment, besoin, demande).

Ainsi, observer et décrire une situation sans jugement, formuler ses véritables ressentis en lien et en résonance avec une situation, exprimer ses besoins – selon Marshall Rosenberg ils sont universels à tous (sécurité, intimité, autonomie…) et favorisent une meilleure compréhension et donc acceptation de l’autre (le véritable enjeu est alors d’identifier le besoin caché derrière chaque sentiment ou conflit).

Et enfin, quatrième étape, de formuler une demande réalisable, qui apporte satisfaction aux deux parties. 

À la lecture de cette théorie relationnelle, la résolution des conflits ou des désaccords pourrait sembler simple à intégrer et à mettre en pratique…

Compréhension de l’autre et de soi

Un conflit que cela soit avec son collègue, son conjoint, un ami, un enfant… pourrait être dépassé, si la considération de l’autre dans sa différence était appliquée.

Mais alors comment s’accepter sans se nuire (renier ses valeurs), comment établir une complémentarité épanouissante et levier d’évolution, sans être dans une démarche qui écrase et nie l’autre dans sa singularité ?

Oui la communication non violente est l’une des solutions pour comprendre l’autre, tout en se respectant. 

Mais outre ces belles intentions visant la résolution des conflits intérieurs et extérieurs, n’oublions pas que nous sommes des êtres humains, dans toute leur complexité. Tour à tour vulnérables et effrayés et à d’autres moments, puissants, déterminés et charismatiques.

La mise en pratique de la communication non violente requiert alors bien souvent un véritable travail sur soi, pour lequel un psychothérapeute ou un coach personnel peuvent vous apporter soutien et accompagnement.

Capacité à gérer les conflits, que nous apprennent les sciences cognitives ?

Quelles sont les éclairages et les promesses des neurosciences dans la gestion des conflits et des désaccords ?

Jeremy Lack (avocat et expert en méthodes alternatives visant la résolution des conflits) et François Bogacz (médiateur et un des experts mondiaux dans l’application des neurosciences à la résolution des conflits) soutiennent que d’un point de vue neurologique, le cerveau humain ne réagit pas de la même façon, dès lors il est en position de négociation ou de domination. 

Des zones différentes du cerveau sont alors sollicitées. Ainsi, selon les émotions ressenties la compréhension et la clarté sont impactées différemment. La peur et la colère par exemple place le cerveau en position reptilienne : l’amygdale. Notre cerveau réagit alors par réflexes primaires. Ainsi, si le contexte ou la situation à l’origine de ces émotions, active ces zones dans le cerveau, il est alors difficile voire impossible de dialoguer.

La négociation, quant à elle, génère des émotions « plus positives » permettant aux parties d’opérer des prises de recul par rapport aux émotions négatives, favorisant une analyse constructive des solutions et permettant de s’ouvrir au dialogue, à la compréhension pour sortir du conflit.

Dans l’étude « Quand le cerveau se mêle du conflit » réalisée par le neuropsychiatre Pierre MISCHO, celui-ci souligne combien l’être humain est par essence et de façon physiologique un être en conflit, qui doit composer avec trois réalités fondamentales : le cognitif, l’émotionnel, le comportemental.

L’inéluctable interdépendance de l’être social challenge chaque jour chaque individu dans sa capacité à gérer les conflits. Selon lui « Nous ne voyons pas les choses comme elles sont. Nous voyons les choses comme nous sommes » et le cerveau est un dispositif d’identification, d’évaluation et de prévention, de gestion et de résolution de conflit. On comprend alors la complexité à passer des théories empreintes de belles résolutions et intentions, à la mise en pratique plus pragmatique, au cœur de contextes inconfortables et inconnus.

La liberté d’être et le bien-être sont des objectifs vers lesquels chaque être humain tend de façon légitime, mais pas si facile quand le grain de sable des désaccords et des conflits vient bloquer une mécanique émotionnelle et freiner notre évolution. 

Coach en développement personnel, je vous aide à prendre de la hauteur sur les situations génératrices de conflits et bien souvent de mal être et vous donne des clés pour appréhender le contexte sous de nouveaux angles.